Avoir un logement, ce n’est pas seulement disposer d’un toit. C’est vivre dans un cadre digne, adapté aux besoins humains, respectueux de la santé, de la vie sociale et de l’environnement. Aujourd’hui, le logement est de plus en plus traité comme une marchandise, un placement financier, au détriment de celles et ceux qui y vivent.
Face à cette logique, il est essentiel de rappeler que le droit au logement ne peut être dissocié du droit à l’architecture. L’architecture n’est pas un luxe réservé à quelques-uns. Elle concerne le quotidien de toutes et tous : la qualité des logements, des quartiers, des espaces publics, l’accès à la lumière, à l’air, à des équipements adaptés.
Les politiques guidées par le profit favorisent la spéculation, la destruction de logements, la précarité et l’exclusion. Pourtant, jamais les savoirs, les techniques et les compétences n’ont été aussi développés pour répondre aux besoins sociaux. Architectes, urbanistes, ingénieurs peuvent et doivent être mobilisés au service de l’intérêt général, en lien avec les habitant·es.
Défendre le droit au logement, c’est donc défendre un cadre de vie digne, pensé avec et pour les populations, et rompre avec des politiques qui sacrifient l’humain au marché.
L’architecture, une question de justice sociale
Depuis près de cinquante ans, la loi reconnaît que l’architecture est d’intérêt public. Pourtant, dans les faits, ce droit est largement vidé de son sens. Une grande partie de la population n’a plus accès à un accompagnement architectural de qualité, notamment dans le logement individuel et la rénovation.
Les choix politiques successifs ont favorisé des modèles standardisés, conçus pour être rentables plutôt que adaptés aux besoins réels. La qualité du cadre de vie recule, tandis que les professionnels chargés de le concevoir sont marginalisés et précarisés.
Dans le même temps, on exige des architectes qu’ils portent la transition écologique, qu’ils innovent, qu’ils réhabilitent le bâti existant. Mais ces missions sont imposées sans moyens suffisants, dans un contexte de concurrence accrue et de réduction des financements publics.
La qualité du logement et du cadre de vie est une question de justice sociale. Elle suppose des politiques publiques ambitieuses, qui reconnaissent que l’intérêt général a un coût et qu’il doit être assumé collectivement.
Concours d’architecture : un outil démocratique menacé
Les concours d’architecture permettent de choisir des projets sur la base de leur qualité, et non uniquement sur des critères financiers. Ils sont un outil essentiel pour garantir des constructions adaptées aux besoins des populations et pour permettre l’accès à la commande publique à des équipes diverses.
Aujourd’hui, ces concours sont de plus en plus remis en cause. La complexification administrative, les exigences financières excessives et la volonté de relever les seuils d’obligation excluent de fait les petites agences et les jeunes professionnels.
Remettre en cause les concours, c’est renforcer une logique où le coût prime sur l’usage, où la démocratie recule au profit de décisions technocratiques. Défendre les concours, c’est défendre la transparence, la qualité du logement et le droit des habitant·es à un cadre de vie choisi et non subi.
Les CAUE en danger : un service public indispensable menacé
Partout en France, les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement accompagnent gratuitement les particuliers, les collectivités et les associations. Ils jouent un rôle essentiel pour améliorer la qualité du cadre de vie, sensibiliser à l’architecture et soutenir des projets respectueux des territoires.
Aujourd’hui, ces structures sont gravement menacées. La réforme de la taxe d’aménagement et le désengagement financier de l’État fragilisent leur fonctionnement. Pour la première fois, un CAUE est menacé de disparition.
Derrière ces choix budgétaires, c’est l’accès de toutes et tous au conseil, à l’information et à la culture architecturale qui est remis en cause. Défendre les CAUE, c’est défendre un service public de proximité, neutre et indépendant, au service de l’intérêt général.
Quand le travail devient gratuit : une alerte pour l’avenir du logement
Architectes, ingénieurs et paysagistes sont de plus en plus confrontés à une réalité insoutenable : travailler sans être payés, ou avec des délais de paiement interminables. Concours sous-indemnisés, exigences croissantes, retards de validation plongent les structures dans une grande fragilité.
Cette situation n’est pas seulement injuste pour les professionnels. Elle menace directement la qualité des logements et des quartiers. Comment concevoir des projets durables et adaptés si celles et ceux qui les réalisent sont précarisés ?
La crise du logement ne pourra pas être résolue sans une remise à plat de la commande publique et privée. Le respect du travail, des délais et des compétences est une condition indispensable pour garantir des logements de qualité.
Contre les démolitions, défendre la mémoire et le droit à la ville
Les grandes opérations de rénovation urbaine reposent trop souvent sur la destruction de logements encore habitables. Derrière les discours sur la « mixité sociale » se cachent des logiques de gentrification, d’éviction des classes populaires et de spéculation foncière.
Les démolitions ont un coût humain, social et environnemental immense. Elles détruisent des réseaux de solidarité, aggravent la pénurie de logements et polluent durablement les sols.
Face à cela, de plus en plus d’habitant·es s’organisent pour défendre la réhabilitation, le maintien des logements et le droit de rester vivre dans leur quartier. Ces luttes montrent que les populations ne sont pas passives et qu’elles revendiquent un véritable droit à la ville.
Au niveau européen, une mobilisation pour loger les peuples
Partout en Europe, la spéculation immobilière chasse les habitants des centres-villes, fait exploser les loyers et multiplie les expulsions. Face à cette situation, des collectifs, des syndicats et des associations s’organisent pour faire entendre une autre voix.
Des assemblées citoyennes réunissent des militant·es de nombreux pays autour d’une revendication simple : des logements pour les gens, pas pour le profit. Elles dénoncent notamment les effets dévastateurs de la location touristique de courte durée et l’emprise des fonds d’investissement.
Cette mobilisation européenne montre que la crise du logement est un problème politique commun, qui nécessite des réponses coordonnées et centrées sur les droits humains.
Le logement social au bord de la rupture
La crise du logement social atteint aujourd’hui un niveau historique. Des millions de ménages attendent un logement, tandis que la construction s’effondre et que les financements publics diminuent.
Dans le même temps, des logements sociaux sont détruits, des aides supprimées et les bailleurs asphyxiés financièrement. Les conséquences sont dramatiques : familles à la rue, hébergement d’urgence saturé, précarité croissante.
Le logement social n’est pas un coût, mais un investissement social majeur. Le défendre, c’est lutter contre les inégalités, garantir la dignité et répondre à un besoin fondamental.
Défendre le logement, une lutte collective et indispensable
Face à la crise du logement, à la spéculation, aux expulsions et aux démolitions, rien n’est inéluctable. Partout, des habitant·es, des collectifs et des associations s’organisent pour défendre un droit fondamental : le droit de vivre dignement, de rester dans son logement et de choisir son cadre de vie.
Ces luttes rappellent que le logement n’est pas une marchandise mais un droit humain. Elles montrent que lorsque les personnes concernées s’organisent, se rassemblent et prennent la parole, elles peuvent faire reculer des décisions injustes et imposer d’autres choix politiques.
À La Réunion, le Comité Droit au Logement 974 s’inscrit pleinement dans ce combat. Aux côtés des familles mal logées, menacées d’expulsion ou privées de solutions, le DAL 974 agit, alerte, mobilise et construit des solidarités pour faire respecter le droit au logement pour toutes et tous.
« Le droit au logement ne se mendie pas, il se conquiert collectivement. Tant qu’il y aura des personnes sans toit, la lutte continuera. »